salut la compagnie comment ca va chez vous?
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Je ne pense pas. J'execute. C'est le resultat qui compte. Le reste, on s'en fout. La preuve? Je suis riche. Mes amis m'admirent. Mes ennemis me respectent. Mon travail demande une telle precision que reflechir serai un desavantage inutile, un poids dangereux, un geste fatal.
Je me souviens du moment ou j'ai pris la decision de ne plus penser. Je voyais les adultes se disputer, s'engager dans des arguments interminables. Le jour ou la violence suivie les paroles, je suis alle dans le jardin, et j'ai commence a compter les brins d'herbes. La repetition m'hypnotisait. Elle m'apaisait. L'absence de pensee m'a seduite, et c'est a ce moment que je me suis rendu compte que reflechir n'en valait pas la peine. On est tellement plus en paix sans raisonnement. Le vide. Le calme.
J'avais cinq ans.
Ca fait trois ans que je suis enferme dans cette piece, et je commence a perdre pateince. Je n'arrive plus a faire abstraction de toute pensee. Je me perds dans des songes etranges, sans aucun sens. Resultat d'un refoulement continu ou de folie, je ne peux dire.
J'avance le long d'un couloir, pres du mur pour eviter de me faire remarquer. J'essaye de rester dans l'ombre, mais ce n'est pas toujours possible. Je suis mal a l'aise. Lorsque je suis accroupi, mes mouvements sont restreints, mais des que je me leve, la peur d'etre repere m'envahit. Alors j'avance dans la plus inconfortable des positions, a demi leve et un angle peu naturel dans les genoux. Ainsi, je franchi la moitie du couloir, puis je suis pris de panique et m'elance en courant. Ma main sur la poignee, je peux enfin ouvrir la fenetre. Je passe a travers, et je tombe dans le noir. J'ouvre les yeux.
C'est fini. Non. Ca continue. Ce monde inquietant a beau disparaitre a chaque fois, je sens bien qu'il ne me quitte pas. Mon esprit reste coince, et mon corps a du mal a faire la transition. La fera t'il completement un jour, me laissant en paix? Peut etre jamais.
Il y a un homme. Un homme? Je suis fascine mais envahie d'apprehension. Je veux lui demander ce qu'il m'arrive. Je veux l'etrangler. Je veux qu'il me parle. Je veux qu'il parte. Paralyse, je ne sais que faire et je ne fais rien. Il reste lui aussi immobile, ce qui me laisse a la fois soulage et terrorise. Et toujours cette meme piece. Toujours!
Un homme? Je le regarde. Pour la premiere fois de ma vie, je regarde vraiment quelqu'un. D'habitude, je fais ca machinalement. Je recolte les details, j'analyse, je classifie, et c'est fini. Ce n'est meme pas un protocole: un coup d'oeil suffit et je sais exactement comment interagir avec l'individu.
Mais cette fois ci, je cherche les details. Je les contemple longuement. Je ne ressens pas le besoin des les analyser; les assimiler me satisfait completement. Je rentre dans sa peau inconsciemment. Je m'oublie moi-meme. Je ne m'arrete que lorsque je decouvre un aspect du personnage qui me terrorise. Une sueur froide me fait trembler. Cet homme que j'observe, c'est moi.
C'est ainsi que commencent les hypotheses autant decalees les unes que les autres. Je n'arrive meme plus a determiner lesquelles sont raisonnables et lesquelles sont ridicules. Elles se melangent en un nuage de phrases intelligibles et indistinctes. Je voudrais retourner a mon ancienne philosophie, ne pas penser, ne pas avoir besoin de m'occuper de tout cela. Mais non. C'est impossible.
C'est choses la ne sont pas reversibles.
Est-ce que je reve? Non, c'est impossible. Je peux voir le verre d'eau sur la table devant moi. J'arrive meme a y boire. Et si je reviens dans une heure, il sera toujours la, vide d'un gorgee. Je peux me lever et me rassoir. Je peux ecrire une phrase coherente. Coherente? Qu'on ne me parle pas de coherence. J'avais pris les precautions necessaires pour ne pas donner de sens au monde. Pour eviter exactement ce genre de situation ridicule. Pourquoi est-ce que je me sens si demuni? Je n'ai rien perdu. Rien ne disparait avant d'exister.
Peut etre ai-je disparu moi-meme. Reconnaissons-nous notre propre mort? Peut-on avoir la certitude d'etre en vie? Etre ou ne pas etre... Si seulement il y avait une distinction.